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mercredi 4 mars 2015

Beetlejuice (Tim Burton, 1988)

Le studio n’aimait pas le titre Beetlejuice, et a suggéré d’appeler le film Ghost House.
Ce à quoi Burton répondit « Oui, et pourquoi pas Scared Shitless [“À se chier dessus de trouille”] ? »
Il a eu paraît-il très peur quand il a vu les pontes du studio l’envisager pour de bon.

Barbara et Adam Maitland forment un couple heureux quoique sans enfant, qui meurt tristement autant dans un accident de voiture que dans les premières minutes du film. C’est triste. Mais leurs esprits demeurent dans leur belle maison, et c’est terrifiés qu’ils voient débarquer un nouveau couple d’habitants, les Deetz : le surmené Charles, l’envahissante Delia et leur gothique adolescente Lydia. Incapables de s’en débarrasser eux-mêmes, notre couple de fantômes fait appel à un « anti-exorciste » trépassé. Vous connaissez son nom. 

D’où ça vient ? 
En 1988, Tim Burton a essentiellement réalisé Pee-Wee Big Adventure, version cinéma de l’émission pour enfants sous crack de Pee-Wee Herman. Le film étant bon, mais surtout marqué par l’esthétique du comique, personne n’attend la nouvelle œuvre de Burton (à part ceux qui connaissent ses courts-métrages Vincent ou Frankenweenie). Il reprend alors un projet de film d’horreur à base de démons, et modifie substantiellement le contenu.

Tim Burton.
Je vois vraiment pas pourquoi les dirigeants en col blanc des studios
ne lui faisaient pas confiance...
À la base, Betelgeuse (oui, son vrai nom c’est Betelgeuse, comme l’étoile… "Beetlejuice" c’est juste un rébus pour faire prononcer son nom à moment donné dans le film, mais le département marketing a préféré garder ça pour le titre) était un démon reptilien ailé venu sur terre pour tuer les Deetz. Il aurait notamment tenté de violer Lydia, se serait transformé en écureuil enragé pour attaquer une petite fille… bref, un script nettement moins sympathique. 

 
Vous voyez, c'est écrit : Be-tel-geuse.

Burton change tout ça et ajoute sa patte visuelle, qui prend définitivement ses marques : les rayures noir et blanc, les vers des sables, le gothique tourmenté… et Michael Keaton, qui fera si grande impression qu’il le gardera (envers et contre tous) pour incarner Bruce Wayne dans ses deux Batman. 

Et aujourd’hui, qu’est-ce que ça donne ? 
Visuellement, le film est bien sûr un peu daté, mais il a un charme indéniable. Comme un délire de sale gosse : Betelgeuse est répugnant (Keaton a énormément improvisé sur le plateau), le couple Maitland adorable, Lydia est charmante (toute jeunette Winona Ryder), les Deetz agaçants, les décors magnifiques et l’intrigue finalement prenante, et plutôt originale. 

Une vision de l'au-delà parfaitement crédible : l'enfer ressemble à une longue file d'attente à la Poste.
Personnellement ça me parle.
Mais étonnamment, on se souvient surtout de deux choses : la série animée qui en fut dérivée, qui est arrivée chez nous bien avant le film, et la musique monumentale de Danny Elfman. C’est d’ailleurs amusant de voir que le film est beaucoup plus dark que le dessin animé (qui, lui, jouait surtout sur le côté crade, avec un Beetlejuice amateur de cafards et de crottes de nez). 

Le casting dont on se souvient 

"J'ai vu l'avenir, Alec... tu vas jouer dans The Shadow... et moi dans L'Île aux pirates...
- Arrête tes conneries Geena.
- Ah, et je jouerai dans un bon film de Ridley Scott.
- Tu vois bien que c'est n'importe quoi !"
Alec Baldwin et Geena Davis 
Les grands oubliés du film, puisque la série animée désintègre leurs personnages. Ils sont pourtant très attachants, leur tendresse et leur détresse passent vraiment bien à l’écran. 

J'suis trop dark !
Winona Ryder 
On peut dire qu’elle s’en sort bien : elle reviendra bien vite dans Edward Scissorhands (Edward aux mains d’argent, Burton, 1990), puis dans le Dracula de Coppola (1992) et dans plein de films par la suite. À noter qu’elle a eu du bol : le rôle avait été proposé à Lori Loughlin, Diane Lane, Sarah Jessica Parker, Brooke Shields, Molly Ringwald et Jennifer Connelly, qui l’ont toutes refusé. 

"Guess what? I'm Batman!"
Michael Keaton 
Bon, vous savez tous que Michael Keaton souffre en France de sa terrifiante ressemblance avec Julien Lepers. Dans ce film ça ne gêne pas trop vu qu’il est méconnaissable, mais c’est un acteur généralement épatant, comme il le prouve dans le très, très bon Birdman, qui vient de sortir et que je vous conseille. Ah, et il doublait Ken (le copain de Barbie) dans Toy Story 3. C’est rigolo. 

Bonus 
Une suite était prévue, qui devait s’intituler Beetlejuice Goes Hawaiian. Non, ce n’est pas une blague. D’ailleurs elle est toujours annoncée, mais seulement annoncée, rien ne semble avancer de côté-là, donc forcément, il n’y a pas de bande-annonce (en revanche, en tapant "Tim Burton", vous trouverez son prochain film, Big Eyes, qui a l'air cool - plus que les dernières saloperies qu'il nous a servies en tout cas). Alors je vous laisse plutôt avec ce putain de générique à réveiller les morts. Parce que Danny Elfman, à l’époque, c’était la mégaclasse. 


mercredi 18 février 2015

Romancing the Stone (À la poursuite du diamant vert, Robert Zemeckis, 1984)

« Romancing the Stone », c’est de l’argot de joaillier.
Comme c’est apparemment intraduisible en français,
on est parti sur un titre plus explicatif, qui a le mérite de rester dans les mémoires :
À la poursuite du diamant vert.
Au moins on évite les noms de personnage :
il aurait sans doute fallu mettre en avant ou Wilder ou Colton,
et ils fonctionnent en tandem à peu près équivalent.

Romancière new-yorkaise, Joan Wilder reçoit un appel à l’aide de sa sœur. Celle-ci a été enlevée en Colombie et Joan doit rapporter là-bas la rançon : une mystérieuse carte au trésor menant à une non moins mystérieuse pierre. Bien sûr Joan n’a aucune prédisposition pour ce genre de voyage, et elle va tomber chemin faisant sur Jack T. Colton, aventurier Américain charmeur et exilé. Ensemble, ils affronteront les arnaqueurs, les trafiquants de drogue et les militaires corrompus qui font tout le charme de l’Amérique du Sud. 

C’est beau la Colombie hein ?
Bon en fait ils ont tourné au Mexique,
à cause des risques trop grands de vrai kidnapping. Boucle bouclée.
D’où ça vient ? 
L’histoire derrière Romancing the Stone est presque plus fascinante que le film lui-même. Beaucoup ont crié à la repompe des Aventuriers de l’arche perdue, sorti en 1981, mais le scénario de Romancing the Stone date en réalité de 1979 et est l’œuvre de Diane Thomas. Et si vous ne la connaissez pas, c’est d’abord parce que vous connaissez sans doute peu de scénaristes, et ensuite surtout parce que son histoire tragique ne lui a pas permis de laisser une trace. 

Serveuse à Malibu, elle a un jour l’occasion de présenter son script (tous les serveurs de Californie ont un script prêt à tourner, ça fait partie des conditions d'embauche) à Michael Douglas, qui passait par là. Celui-ci adore l’histoire et propose de produire le film. Ce dernier rencontre un beau succès et la carrière de Thomas s'annonce désormais sous les meilleurs auspices. Michael Douglas lui offre une Porsche pour la remercier, elle commence à travailler sur un nouveau projet avec Steven Spielberg, et... elle se tue lors d’un accident avec ladite Porsche. La suite de Romancing the Stone, The Jewel of the Nile (Le Diamant du Nil, Teague, 1985), lui est dédiée. Un troisième opus, The Crimson Eagle (L’Aigle écarlate ?), aurait dû voir le jour mais le faible succès du Diamant du Nil fait annuler le projet. Elle aurait dû se passer en Thaïlande, Joan et Jack ayant deux enfants. 

Mais revenons au premier film : à l'époque, les dirigeants de la 20th Century Fox étaient convaincus qu'il allait faire un four. Ils avaient perdu toute confiance dans le réalisateur débutant Robert Zemeckis, au point qu'ils le virèrent de la réalisation de Cocoon avant même que Romancing the Stone ne sorte en salles ! Finalement le succès fut  tel que le réalisateur put enchaîner sur son propre projet, un long-métrage anecdotique avec Michael J. Fox, Christopher Lloyd et une DeLorean tunée dont vous avez peut-être entendu parler. 

Bob Zemeckis. Sans doute un de mes réalisateurs préférés.
Oui, parce qu’on va quand même parler un peu de Bob Zemeckis, sans doute un des réalisateurs les plus emblématiques des eighties. Zemeckis, c’est le premier Spielberg-like auquel on pense, et d’ailleurs sa filmographie est à mon avis limite plus mémorable que celle de Steven. Back to the Future (Retour vers le futur – les trois !), Who Framed Roger Rabbit? (Qui veut la peau de Roger Rabbit ?, 1988), Forrest Gump (1994), Contact (1997), Cast Away (Seul au monde, 2000)… des films qui ont profondément touché le grand public (tous produits par Spielberg). Zemeckis est un des cinéastes qui ont su passer de l’entertainment pur des eighties aux histoires plus sérieuses et introspectives des nineties, en acquérant au passage l’estime des critiques. Ce n’est pas rien, et tous ne s’en sont pas si bien sortis. 


Les gentils méchants, qui ne font que kidnapper et être rigolos,
par opposition aux méchants méchants, qui tuent et portent du kaki.

Et aujourd’hui qu’est-ce que ça donne ? 
Romancing the Stone fait partie de ces films que tout le monde a vus, et un peu oubliés (même s’il doit passer une fois par an à la télé). Il est typique des eighties, dans son esthétique (coiffure à choucroute, mulettes, 4L…) comme dans son histoire enfilant les clichés des romans d’aventure tout en s’en moquant gentiment. 
On est loin des Aventuriers de l’arche perdue, mais on ne copie pas exactement la même chose : Indiana Jones parodie les pulps, Wilder et Colton parodie les romances à l’eau de rose. À l’arrivée, le film remplit son office. On passe un bon moment, DeVito est rigolo, Turner et Douglas attachants, et on peut même trouver le couple assez réussi et complémentaire : ce n’est pas Colton qui fait tout le boulot, Wilder aussi débloque certaines situations, et globalement l'un ne s'en sortirait pas sans l'autre. Les musiques sont d’Alan Silvestri, qui reviendra officier sur tous les films de Zemeckis par la suite. Pas le meilleur film du monde, mais difficile à détester ! 

 
La 4L, « l’ami fidèle ».
Non, je déconne pas, c’était à l’époque la voiture la plus vendue en Colombie,
et les pubs télé la présentaient effectivement comme « El amigo fiel ».

Le casting 

Dans trente ans, je joue Liberace.
Michael Douglas 
Oui ben Michael Douglas, quoi ! Le fils de Kirk Douglas qui ressemble à Dave. Qui dans les eighties a souvent été associé à Kathleen Turner : Romancing the Stone et sa suite, bien sûr, mais aussi La Guerre des Rose (DeVito, 1989), comédie dramatique sur le divorce plutôt sympathique. 

Dans quinze ans, je joue le père de Chandler Bing.

Kathleen Turner 
Qu’elle était belle, la femme fatale des années quatre-vingt. Turner a joué avec les meilleurs (Coppola, Waters, Huston…), son timbre profond lui a permis de doubler Jessica Rabbit et elle est même revenue après un petit passage à vide dans Virgin Suicide (Sophia Coppola, 1999). Mais comme par la suite elle a pris un peu de poids on la retrouve dans le rôle du père (oui, père) de Chandler dans Friends en 2001. 

Dans huit ans, je joue... le Pingouin ?
Danny DeVito 
Le nabot le plus célèbre de Hollywood avant Peter Dinklage. Danny DeVito est connu pour promener son physique courtaud dans bon nombre de comédies (souvent avec Schwarzenegger, ce qui n’est pas un gage de qualité), mais c’est aussi un comique de télévision très apprécié, notamment pour la série Taxi (rien à voir avec Sammy Nacéri) avec l’inclassable comédien Andy Kaufman (si vous ne connaissez pas, je vous suggère le film Man on the Moon, Shapiro, 1999). Et il a réalisé Matilda en 1996, que beaucoup de fans de Roald Dahl adorent. 

Bonus
Une série télé Romancing the Stone est en pourparlers depuis quelques années. Impossible de trouver un bout de pilote, mais ça pourrait être rigolo, le principe du couple désassorti partant à l'aventure faisant toujours recette. Dommage que ça ait déjà été fait cent cinquante milliards de fois, va falloir bosser dur pour faire un truc bien. S'ils prennent Nathan Fillion et Jenna Fischer, ça peut être cool. Mais les rumeurs ont plutôt parlé de Gerard Butler et Katherine Heigl.


Casting pressenti. Bon, pourquoi pas ?
Casting idéal (oui, je suis en train de finir The Office en ce moment !)

mercredi 7 janvier 2015

The Adventures of Buckaroo Banzai across the 8th Dimension (W. D. Richter, 1984)

Comment ça claque !

Le pitch 
Scientifique, chirurgien, artiste martial, aventurier et rock star (rien que ça !), Buckaroo Banzaï vient de faire une percée significative dans le milieu de la recherche en accédant à la 8e dimension. Mais les lectroïdes noirs (rasta, même), des extraterrestres venus de cette fameuse dimension (ou de la planète 10, ce n'est pas clair), veulent récupérer son surpropulseur pour en interdire l'accès (je crois). En outre, le professeur Emilio Lizardo, dont l’esprit a été contaminé par un lectroïde rouge il y a bien longtemps, compte également s’emparer de l’appareil. Heureusement Buckaroo peut compter sur ses fidèles acolytes eighties, dont un cowboy chirurgien, et qu’est-ce que the fuck je suis en train de raconter ? 

Le casting dont on se souvient 

Bonjour, c'est bien ici le casting pour Docteur Who ?
Peter Weller n’est pas seulement le fabuleux Buckaroo Banzaï, il est surtout un des mentons les plus connus de Hollywood puisqu’il interprétait Alex Murphy, alias Robocop dans le film de Verhoeven. Sinon il joue dans Le Festin nu (David Cronenberg adaptant William S. Burrough… vous pouvez tenter mais évitez de manger avant), dans Planète hurlante (sympathique série B de Christian Duguay) ou Maudite Aphrodite de Woody Allen. Et dans la saison 5 de Dexter, ok. Et il jouait dans un groupe de jazz avec Jeff Goldblum. Si, si, c’est pas des blagues. D'ailleurs...


Je pense qu'il faut que je prenne un peu de temps pour réfléchir à ma carrière.

Jeff Goldblum est aussi dans ce film. C’est d’ailleurs un des rares qui a l’air de s’amuser. Bon, on ne le présente plus, mais on va le faire quand même : Goldblum, c’est la Mouche de Cronenberg, le professeur Malcolm de Jurassic Park, le scientifique juif (vous vous souvenez de son nom vous ? Moi pas) d’Independance Day… tout le monde aime Jeff Goldblum, alors on va pas dire de mal de son costume dans ce film. Mais il mériterait. 

Je suis calme... je suis caaaaaalme...
Ce film c'est la chance de ma vie, je vais tout défoncer !


John Lithgow : s’il y a un mec dont vous vous souviendrez dans Buckaroo Banzaï, c’est le professeur Emilio Lizardo. Autant la plupart des comédiens ont l’air de ne pas du tout savoir ce qu’ils foutent là, autant Lithgow est parti sur un postulat très simple : je comprends rien, mais j’en fais des caisses. En totale roue libre, il explose à chaque réplique, mythonant un accent italien incroyable (apparemment inspiré de son maquilleur sur le tournage) et enterre jusqu’à l’idée de subtilité. Si sa tête vous dit quelque chose, c’est qu’on l'a vu un peu partout depuis, de 3e planète après le soleil à Dexter (oui, le Trinity Killer, c’est lui), en passant par How I Met your Mother (le père de Barney). Et il fut paraît-il le premier choix pour incarner Doc Brown dans Retour vers le futur. D’ailleurs puisqu’on en parle… 

Nom de Zeus, qu'est-ce que je fous là ?


Christopher Lloyd est évidemment mondialement connu pour son rôle d’Emmet Brown dans Retour vers le futur (Zemeckis, 1985, dont je ne parlerai pas parce que faut pas déconner), et plein de petits rôles par ailleurs (le dernier marquant étant le professeur dans le très bon Piranha 3D d’Alexandre Aja). Bon, par contre dans Buckaroo Banzaï il ne sert absolument à rien, à part à avoir un nom rigolo (John Bigbooty). 

Les scènes cultes 
 
Je vais viiiiiiite !

Au début du film, vous avez encore un peu d’espoir devant la Ford tunée de Buckaroo qui s'élance très très très vite. Puis, quand vous commencez à bailler (parce que la scène est longue), vous le voyez brancher son surpropulseur, qui ressemble beaucoup à un convecteur temporel de contrebande libyenne. Et vous commencez à comprendre dans quel genre de film vous êtes.

C'est la folie dans les studios !

Le concert : oui parce que Buckaroo Banzaï, ce n'est pas qu'un pilote/scientifique/aventurier, c'est aussi une rock star de fou qui incendie les salles de concert du New Jersey et sent quand son public s'ennuie. Une des nombreuses scènes surréalistes du film, autant visuellement que musicalement.

Ne bouge pas. Sa vision est basée sur le mouvement !
Pendant une course-poursuite dans le laboratoire secret de Buckaroo, au détour d’un débarras, nos amis tombent sur une pastèque. Goldblum  : « Qu'est-ce qu'elle fait là cette pastèque ? - Je t'expliquerai plus tard. » On n'en saura jamais plus. Ainsi naissent les légendes.

Et aujourd’hui, qu’est-ce que ça donne ? 
Les Aventures de Buckaroo banzaï à travers la 8e dimension est devenu dans les milieux autorisés un nanar culte, ne serait-ce que grâce à son titre improbable. Mais personnellement je le trouve beaucoup trop perché pour ce statut. Oui, même moi, qui ai dû voir Turkish Star Wars trois fois et qui ai résisté à Arrête de ramer, t’attaques la falaise !, le dis et le soutiens : ce film est barré au-delà du raisonnable, au-delà de la barrière du nanar. Avec son scénario aux tiroirs non euclidiens, il possède un potentiel énorme, mais il manque de tonus et, surtout, les acteurs ont l’air de s'ennuyer à crever sans aucune direction. 

Au premier rang : Peter Weller, qui n’exprime rien de tout le film ! Son personnage, pourtant central, est un néant absolu, sans âme. Inspiré de Doc Savage, héros de pulp des années trente, il lui manque une profondeur, ou au moins un gramme de charisme. Ses comparses costumés sont essentiellement ridicules (ou transparents, ça dépend), et sa copine est une demoiselle en détresse sans intérêt. En face, par contre, les méchants sombrent dans l’excès inverse. Les lectroïdes sont souvent drôles : ils s'appellent tous John, sont cons comme des bûches, Christopher Lloyd est le bras droit le moins coopératif de l'histoire des méchants, et John Lithgow a pété un fusible et réinvente le cabotinage à chaque mouvement de sourcil.

Mais si j’éprouve tout de même une certaine tendresse pour LAdBBàtl8D (oui, ben trouvez une abréviation, vous, si vous êtes si forts), c’est pour sa dimension SF typiquement années quatre-vingt. Le pick-up tuné de Buckaroo, avec son surpropulseur, est clairement une tentative (ratée) de reproduire les véhicules iconiques de l'époque (DeLorean, Ecto-1...). Les extraterrestres de pacotille, les explications pseudo-scientifiques, les dimensions parallèles, la percée vers le space opéra avec des combats spatiaux… le film déborde de tous les côté et est un exemple typique de la démarche scénaristique de cette époque : reprendre une thématique SF/fantastique classique et l’adapter au format formicapunk. La Guerre des mondes devient ET, Moby Dick devient Les Dents de la mer, l’exorcisme Ghostbusters, le voyage dans le temps Retour vers le futur… et le pulp scientiste tendance Doc Savage se transforme en Buckaroo Banzaï. 

Le problème (enfin, un des problèmes), c’est qu’il part dans tous les sens, avec ses aliens jamaïcains, ses dimensions perpendiculaires, son scénario qui dégouline largement au-delà de la pelloche, ses visuels pouilleux, ses personnages qui se veulent hauts en couleurs mais sont en fait terriblement plats, sans substance autre qu’un surnom un peu con (Rawhide, Perfect Tommy, New Jersey…). On devine que le scénariste (avant d’entrer à l’asile) voulait développer toute une mythologie autour de ces personnages, mais à aucun moment l’essai n’est transformé. Même aujourd’hui je le trouve difficile à regarder sans m’endormir, malgré son potentiel nanar. Mais bon, il est bon de l'avoir vu. Rien que pour s'en vanter en soirée.

Bonus 
Le générique de fin est un faux plan-séquence assez boiteux où tous les acteurs viennent marcher face caméra, sur une musique toute pourrie. Mais surtout elle annonce la suite, The Adventures of Buckaroo Banzai: Against the World Crime League. Suite qui bien sûr ne verra jamais le jour, le premier film s’étant monumentalement vautré au box-office. Mais qui sait, un remake viendra peut-être nous éclairer sur le scénario ?

mercredi 17 décembre 2014

They Live (Invasion Los Angeles, John Carpenter, 1988)


Le pitch
John est nouveau en ville. Étienne Lantier moderne (moins instruit mais plus musclé), il trouve du boulot sur un chantier de Los Angeles. Le soir, il dort dans un bidonville du coin (oui, il y en a à L.A.). Tout va moyennement dans le plus morne des mondes jusqu’au jour où, après une descente de police, il trouve des lunettes de soleil très étranges. À travers elles il voit la vérité, à savoir que les messages publicitaires parsemant la ville intiment en réalité aux gens l’ordre d’obéir, de consommer et de se taire. Pire, des extraterrestres semblent avoir pris l’identité des humains et occuper les plus hautes strates sociales. Que faire ? Tirer dans le tas bien sûr !

Spoiler : vous n’avez jamais vu de Carpenter ? Vous ne savez pas comment il finit ses films ? Je vous aide, ça implique généralement un gros doigt dressé fièrement contre l’establishment et, bien souvent, les spectateurs. Celui-ci ne fait pas exception.

Le casting dont on se souvient


Gnnnnn... inspirer... expirer... inspirer...
Euh... c'est quoi après ?

Roddy Piper, incarnant ici le héros John Nada (qui n’est appelé ainsi que dans le générique de fin, presque personne n’ayant de nom dans le film), est un catcheur, et ça se voit. Déjà parce qu’il déploie un charisme rappelant assez l’huître arcachonnaise, et ensuite parce qu’il se bat assez mal, à coups de clé de bras et de projection absurde. Sa carrière de comédien est assez pauvre, et son rôle de Nada en reste le pinacle.


Quand on peut pas avoir Samuel L. Jackson, qui c'est qu'on appelle ?

Keith David, le copain black du héros, presque aussi con que lui, a joué dans des dizaines de films des rôles dont on se souvient généralement. Mais pour aller droit au but, c’est le père de Cameron Diaz dans There’s Something About Mary (Mary à tout prix, Farelly, 1998). « Merguez pois chiches », voilà !

Les scènes cultes


Salut tout le monde. Je suis juste là pour balancer une réplique légendaire,
après je me casse, promis.

- La scène absolument culte, celle pour laquelle tout le monde se souvient du film, c’est cette réplique, depuis attribuée à un autre personnage fortement inspirée de John Nada. Quand celui-ci débarque dans une banque, bien vénère et armé d’un fusil à pompe, il lance un brutal : « I’m here to kick ass and chew bubblegum. And I'm all out of bubblegum! » Non, ce n’est pas Duke Nukem qui a inventé cette ligne, c’est bien John Carpenter.


Nous sommes transportés dans une autre dimension,
une dimension faite non seulement de paysages et de sons,
mais aussi d’esprits et d'effets spéciaux foireux...

- La scène où Nada découvre le pouvoir des lunettes est un passage stupéfiant si on ne connaît pas le sujet du film. Un vrai basculement dans le fantastique, comme on les aime et qui assume complètement son cousinage avec The Twilight Zone (La Quatrième Dimension).


C'est pour moi, ça me fait plaisir.

- La scène finale, avec un magnifique plan nichons totalement gratuit, que je vous montre parce que c’est Noël.

Et aujourd’hui, qu’est-ce que ça donne ?
They Live est un film culte que personne ne connaît, mais dont j’entends tout le temps parler. Ce n’est pas une merveille, même s’il reste extrêmement cohérent dans la filmographie de John Carpenter, réalisateur anar et antisystème qui adore ce genre de fable sociopolitique. Tourné en deux mois avec un budget ridicule (Carpenter se remettait mal de l’échec de Big Trouble in Little China, dont je vous promets que je reparlerai), ce film est donc ce que le réal a fait de plus proche d’un épisode de La Quatrième Dimension (ce qui, sur le papier, donne carrément envie).

L’autre grande influence étant évidemment Invasion of the Body Snatchers (L’Invasion des profanateurs de sépultures, Siegel, 1956), grand classique du fantastique horrifique qui a été copié, recopié et plagié des dizaines de fois (du remake de 1978 à The Faculty en 1998). Le film est toutefois assez lent (la bande-son lancinante, signé Carpenter – oui, il fait tout cet homme ! – n’y est pas pour rien) et accuse de sérieuses baisses de rythme, un défaut apparemment classique des films de cette période.

Mais, surtout, le personnage principal manque cruellement de charisme. Avec sa mulette et ses muscles de culturiste, Roddy Piper tient plus du bœuf aux hormones que du tragédien, et on devine que Carpenter aurait préféré filmer son acteur fétiche Kurt Russel (rien que cette idée me fait saliver). La scène où Nada et son pote Franck se maravent la gueule pendant plus de six minutes sans aucune raison est particulièrement atterrante, autant en termes de jeu que de rythme, et résume à elle seule les principaux points faibles du film. Mais celui-ci se relève aussitôt pour une dernière demi-heure beaucoup plus jouissive durant laquelle les twists s’enchaînent jusqu’au bouquet final et à une conclusion en queue de poisson comme les adore le réalisateur. Un film qui aurait certes gagné à ne durer qu’une heure, mais un film à voir, à l’occasion.

Bonus
Ça fait des années qu’on parle d’un remake de They Live, mais l’étrange Branded (Dulerayn, 2012) semble déjà avoir fait le taf. En même temps, They Live est en soi un remake, donc…

vendredi 3 janvier 2014

Julien a vu… The Hobbit – The Desolation of Smaug



Vu le 23 décembre 2013

Comme ils se rapprochent de leur objectif, les fiers Nains moyennement guerriers de Thorin, accompagnés du magicien pomme de pin Gandalf et du Hobbit à l’anneau d’invisibilité Bilbo, poursuivent leurs rocambolesques aventures en terres du Milieu. Ils croisent notamment un hommoursporc, trois mille huit cent soixante-douze orcs, des Elfes aux mœurs déviantes et des humains droit sortis d’un chapitre de Game of Thrones. Et ça veut combattre un dragon !

Connaissez-vous l’origine de l’expression « tirer sur la corde » ? Moi non plus. Mais voilà, il y a « tirer sur la corde ». Il y a « participer à la grande finale du Tournoi international de tir à la corde de Lomé ». Il y a « relier deux pétroliers avec une corde et les lancer à pleine puissance dans des directions opposées ». Et il y a ce film. La bientôt trilogie du Hobbit réinvente le concept d’exagération, d’outrance, de superfétatoire avec une malice perverse. Et Johnny Tolkien, qui n’en est plus à ça près, de faire des loopings dans sa tombe gravée de runes elfiques.

Prenez un livre court, un sympathique roman d’initiation ouvertement pour enfants, fort bien écrit et admirable dans sa simplicité. Maintenant regardez Le Seigneur des anneaux, Le Trône de fer, Star Wars (IV, V, VI, hein, déconnez pas !) et deux trois autres sagas autrement épiques, et cherchez par tous les moyens à retrouver dans le premier ouvrage des éléments des autres. C’est idiot. C’est artistiquement absurde. Comme de vouloir refaire Macbeth en adaptant La Potion magique de Georges Bouillon, ou Dune en adaptant Roule Galette.

Je n’exagère même pas : il est évident que Peter Jackson cherche à reproduire les enjeux du Seigneur des anneaux dans son adaptation de Bilbo le Hobbit. La tentation, avec la soudaine obsession du pouvoir de Thorin, qui rend le personnage incroyablement antipathique. La malédiction de l’Anneau Unique, dont Bilbo semble déjà avoir conscience (comment ? Il ne sait rien du pouvoir néfaste de cet artefact, pourquoi ne l’utilise-t-il pas sans arrêt ?). La menace ultérieure, avec l’introduction d’un Sauron qui n’a rien à faire là. L’amour impossible (déjà un peu hors contexte dans le SdA) avec la risible romance entre Coucouille* et Nain n° 6**.

Bilbo le Hobbit, c’est un parcours initiatique. On prend un personnage falot et sans ambition et on lui fait subir des épreuves dont il sortira grandi. Le Seigneur des anneaux, c’est exactement le contraire : les personnages doivent sauver le monde d’un péril immense, ils n’ont pour ainsi dire aucun espoir de réussir et ils en sortiront marqués. Traiter l’un avec les codes de l’autre relève soit d’une trahison, soit d’une monumentale incompréhension de l’œuvre de Tolkien (dans ce cas précis je pencherai plutôt pour la première explication).

Peter Jackson en fait donc des caisses pour remplir ses deux heures trois quarts de vide. La scène des tonneaux, astuce fameuse du bouquin, est tirée en longueur et devient un délire hilarant où Legolas et Coucouille snipent des milliers d’orcs, perchés sur des nains dérivant dans des barriques. Gandalf s’amuse à tomber dans un piège où l’attend à peu près la moitié de l’armée de Barad-Dûr, juste pour assurer quelques minutes supplémentaires à l’écran. Et le face à face avec Smaug, s’il est grandiose tant qu’il se cantonne à la scène telle que décrite dans le bouquin (quoiqu’en décalage total par rapport au reste du film), il devient rapidement absurde tant le dragon rate d’occasions pourtant évidentes de se faire un nains-kebab. Le film se finit sur un cliffhanger poisseux après deux heures et demie de néant. J’aimerais dire qu’on touche le fond.

Et pourtant, étonnamment, j’ai passé un bon moment. Essentiellement parce qu’on était quatre ou cinq dans la salle et qu’on pouvait donc commenter les scènes sans trop passer pour des hérétiques cinéphobes. Parce que le nawak est parfois poussé tellement loin que l’amateur de nanar en moi était obligé de se réjouir. Et aussi parce que si l’on part du principe qu’on ne vient pas voir une adaptation du Hobbit mais plutôt de LotRO***, ou d’une partie de jeu de rôles prenant place dans l’univers de Tolkien, le film peut se prendre par le bon bout. Après tout, mieux vaut en rire, parce qu’on n’a pas encore vu le pire, ainsi, j’en prends les paris, que le prouvera le troisième opus.


* Oui, elle s’appelle Tauriel, je sais. Mais bon, déjà ça ressemble trop à Tauren, et quand on a joué à Warcraft III ça fait bizarre d’appeler une Elfe comme ça. Et ensuite, le rôle de ce personnage a manifestement été écrit par un gamin de cinq ans, j’emploierai donc un nom qui plaira à cette tranche d’âge.

** Oui, je sais, eux aussi ils ont des noms (genre Pipo, Harpo, Groin…). Mais je ne suis pas sûr que les scénaristes le sachent, alors on les appellera Thorin, le Vieux, le Gros, le Bourrin, puis Nain n° 4 à 12. Quoique je me demande s’il n’y en a pas un de mort dans le premier film… c’est dire si on s’y attache ! 

*** Lord of the Ring Online, le MMORPG dans les terres du Milieu. Il paraît que c’est bien, et qu’on peut y jouer de la cornemuse.

mardi 26 novembre 2013

Julien a vu… Gravity



Vu le 22 novembre 2013
Alors qu’ils accomplissaient une mission de routine (si tant est que ça veuille dire quelque chose dans ces circonstances), des astronautes se retrouvent pris dans une tempête de débris qui détruit leur navette. Seuls survivants, coupés du reste du monde, la débutante docteur Ryan Stone et le vétéran Matt Kowalsky tentent de rejoindre la Station spatiale internationale, qui n’est pas loin mais un peu quand même.
Première loi de Newton : « Tout corps persévère dans l’état de repos ou de mouvement uniforme en ligne droite dans lequel il se trouve, à moins que quelque force n’agisse sur lui, et ne le contraigne à changer d’état. » Certes sur Terre on ne s’en rend pas trop compte, à cause du frottement de l’air qui empêche la plume d’arriver au sol aussi vite que la bille de plomb, et de la gravité qui tend à faire tomber la pierre qui aimerait continuer sa route tout droit, mais c’est cette loi fondamentale de la physique qui va pourrir la vie de nos deux protagonistes avec une admirable constance pendant les quatre-vingt-onze minutes de ce long-métrage.
Gravity connaît un beau succès, et c’est normal. D’abord parce que les deux têtes d’affiche, uniques acteurs du film, tiennent admirablement bien leurs rôles : Sandra Bullock, qu’on n’avait pas vue depuis longtemps, nous convainc sans peine de son inconfort spatial. Quant à George Clooney… Ben merde, voilà un film avec George Clooney cabotinant sur un jet-pack. Je suis désolé mais pour moi c’est une vision du bonheur.
Mais surtout, c’est la réalisation somptueuse, monumentale, épique d’Alfonso Cuarón* qui donne enfin à la 3D une raison d’être. Ce film, il FAUT le voir sur grand écran, en trois dimensions. Le vide de l’espace vous happe, vous absorbe, vous digère, et vous vous rappellerez souvent de la fameuse phrase « Dans l’espace, personne ne vous entend crier ! »** L’espace est une saloperie hostile, jamais plus vous n’en douterez, et il n’est pas besoin de la farcir d’extraterrestres facétieux pour s’en convaincre. Face au vide, à la beauté cruelle d’un lever de soleil au milieu du néant, la détresse des personnages prend littéralement une autre dimension et vous laisse sur le cul.
Du coup on pardonne sans mal au scénario quelques facilités, comme l’accumulation ininterrompue de catastrophes arrivant à nos héros et le déroulé finalement très classique de l’action. Car ce film est avant tout un trip de réalisation, une sorte de course haletante qui vous colle au siège pendant toute sa durée parfaitement maîtrisée.
Gravity, Alfonso Cuarón, 2013
* Que les cinéphiles connaissent pour Y tu mamá también, les fans de SF pour Les Fils de l’homme et les autres pour Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban. Tout ça, c’est très bien, mais il a aussi réalisé La Petite Princesse, une adaptation du même roman qui avait donné Princesse Sarah. C’était une information inutile (gingle !)
** Probablement le slogan de la future compagnie de voyage interstellaire. Le film n’est d’ailleurs pas avare en références visuelles, et on notera des hommages autant à Alien qu’à 2001, l’odyssée de l’espace***.
*** D’ailleurs sur les retirages des affiches on peut trouver cette énumération : « 60’s : 2001, l’odyssée de l’espace. 70’s : La Guerre des étoiles. 80’s : Blade Runner. 90’s : Matrix. 00’s : Avatar. 10’s : Gravity ». Un intrus s’est habilement dissimulé dans cette liste, saurez-vous le retrouver ?