lundi 25 novembre 2013

Julien a vu… Inside Llewyn Davis



Vu le 11 novembre 2013

Llewyn Davis est artiste auteur interprète. Son genre ? La folk music. Son domaine ? Greenwich Village, New York, années soixante. Son présent ? Gris. Très gris. Une ex-maîtresse lui annonce qu’elle est enceinte (probablement de lui), il traîne de canapé en canapé, peine à se faire payer cachets et droits d’auteur, son partenaire est mort, il a échappé le chat des gens qui l’hébergeaient et en plus il fait froid.

Les frères Coen ont plusieurs thématiques de prédilection. La bêtise humaine (The Big Lebowski, Fargo, Burn After Reading…), la cruauté du quotidien (No Country for Old Men), l’absurde (Le Grand Saut…), l’odyssée vaguement rédemptrice (O’ Brother)… Ici nous sommes clairement dans les trois derniers. Davis, librement inspiré de Dave Van Ronk*, traîne sa déprime agacée, perdu dans un monde dur et froid. Difficile de le prendre en pitié, et pourtant on s’attache à ce mec manifestement paumé, sans domicile fixe, bourré de talent mais perclus de doute. 

Le film est beau, et lent, à la manière de No Country for Old Men. Il vaut mieux du coup ne pas le voir fatigué (comme je l’ai fait), et ne pas attaquer la filmographie des Coen avec lui. Il est de bon ton en ce moment de citer la politique des auteurs**, je vais donc m’y plier. Donc la politique des auteurs est une idée lancée par les journalistes des Cahiers du cinéma il y a bien des lunes (François Truffaut, Jean-Luc Godard…), qui postule qu’un film ne doit pas être jugé en tant qu’œuvre unique mais au sein de l’ensemble de l’œuvre de son créateur. Une vision très intéressante au niveau analytique***, qui fonctionne parfaitement dans le cas des frères Coen. Ce film désabusé, triste, gris et froid serait très dur s’il ne s’inscrivait dans une œuvre plus globale, qui nous rappelle que les auteurs savent passer outre le bête cynisme noir. 

Llewyn Davis est malheureux, mais il n’est pas condamné. À la fin du film, plusieurs éléments laissent à penser que sa vie pourra prendre un meilleur tournant d’ici peu, et l’apparition subliminale d’un Bob Dylan dans les dernières minutes du métrage, symbole d’un retour en grâce de la folk au cours des années soixante, n’est évidemment pas innocente. Un bien beau film. Mais si vous ne connaissez pas du tout les Coen, si vous êtes fatigué ou si vous attendez une comédie musicale enjouée, passez votre tour.
Inside Llewyn Davis, Joel et Ethan Coen, 2013

* Chanteur de blues et folk américain, 1936-2002. J’y connais rien en folk, désolé. J’aime bien Bob Dylan, comme tout le monde, mais j’y connais rien.
** Karim Debbache, Usul et le Fossoyeur de Films l’ont fait, je vois pas pourquoi j’y couperais !
*** Surtout quand on l’applique aux grands auteurs classiques comme Max Pécas, Gérard Oury, Michael Bay ou Jean-Marie Pallardy.

mercredi 6 novembre 2013

Julien a vu… Thor : le Monde des ténèbres



Vu le 2 novembre 2013
Thor tue-t-il ? Meuh non, Thor il est gentil, et quand il fait la gueule en mangeant japonais, ses amis lui disent « Thor, ris donc ! » Et… non mais c’est nul les jeux de mots avec « Thor ». Parlons du film. Donc, en gros, c’est la suite de The Avengers* : Loki est ramené à Asgard et bouclé au frais, et de méchants elfes noirs** veulent mettre la main sur l’Éther, un artefact plus vieux que le monde blablabla, vous connaissez l’histoire.
Franchement, je suis allé voir ce film à reculons. J’ai beau aimer les films pourris et les nanars moisis (de préférence avec des requins), le premier long-métrage consacré au blondinet m’avait définitivement vacciné contre le panthéon viking. Il faut dire que Kenneth Branagh, pourtant réalisateur de fabuleuse adaptations de Shakespeare (et d’une étonnante version de La Flûte enchantée de Mozart), avait consciencieusement chié dans la colle et foiré absolument tout ce qui était foirable : Thor premier du nom était un film dénué de tout intérêt autre que de servir d’intro de luxe à The Avengers. Autant dire qu’il fallait vraiment que j’aime mes cousins pour les accompagner voir la suite, en VF et en 3D !
Et quelle ne fut pas ma surp… oh, et merde, en fait c’était plutôt bien ! Il y a un scénario, pas exceptionnel mais convenable, et surtout, globalement, on comprend ce qui se passe, et on s’y intéresse ! Il y a beau avoir des dizaines de personnages, on les repère tous, ils arrivent à être à peu près sympathiques (les méchants sont nazes, mais bon, limite on s’en fout) et, fait essentiel dans un film de science-fiction un peu grandiloquent : les acteurs sont bien dirigés. Ça tombe bien parce qu’on a globalement un bon casting : Natalie Portman, qui se demandait clairement ce qu’elle foutait là dans le premier film, crée un vrai personnage qui, à défaut d’être fort et mémorable, évite au moins de sombrer dans le ridicule. Stellan Skarsgård reste excellent malgré un script qui s’échine à essayer de le ridiculiser. Anthony Hopkins arrive à ne pas trop cabotiner en Odin, Rene Russo parvient à rendre attachant un personnage pas facile… et Chris Hemsworth se débrouille finalement plutôt bien en Thor, à mi-chemin entre le preux chevalier surhumain et le mec impliqué et surpris par le tour que prennent les événements. Et puis, à tout seigneur tout honneur, le personnage le plus intéressant : Tom Hiddleston, alias Loki, le meilleur méchant du monde, qui vanne en continu sur un ton léger, sans jamais oublier de faire passer une émotion contenue.
Il est évident que The Avengers est passé par là, et a donné le la pour les films de super héros à venir : un ton maîtrisé, un subtil dosage entre action et humour qui permet de faire passer la pilule, un peu grosse, des supermen en costumes moulants. Alan Taylor, réalisateur de télévision abonné aux grosses productions***, a brillamment relevé le défi en s’inscrivant dans la lignée de Whedon plutôt que de Branagh. Affichant en plus d’excellentes influences (notamment à Star Wars dans la scène de l’attaque d’Asgard, et ça fait plaisir de référencer Star Wars pour quelque chose de positif), le film se suit avec plaisir et a même réussi à me surprendre de temps en temps. Peut-être pas le plus grand film produit par Marvel, mais clairement dans la partie haute du panier.
Thor: The Dark World, Alan Taylor, 2013
* Et, pour information, j’avais adoré The Avengers. Oui, ok, c’était réalisé par Joss Whedon, le pape des geeks, monsieur Buffy contre les vampires, Firefly, Dr. Horrible Sing-Along Blog et Toy Story (oui, oui, le scénario de Toy Story, c’est lui), donc je suis moyen impartial, mais quand même, c’était trop bien.
** Au début ça fait bizarre, mais on s’y fait. C’est curieux quand même, moi j’ai toujours cru que les elfes c’était celte et que les Nordiques étaient plutôt branchés trolls. Comme quoi…
*** On lui doit pas mal d’épisodes de Game of Thrones, The Sopranos, Mad Men

mardi 5 novembre 2013

Julien a vu… Snowpiercer



Vu le 31 octobre 2013
Bonne nouvelle, l’humanité a résolu le problème du réchauffement climatique. Un peu trop bien peut-être. Une nouvelle ère glaciaire a décimé la planète et les seuls survivants sont constitués par la population d’un grand train de luxe, parcourant le monde. Et comme dans tous les trains, les pauvres essaient de se faire surclasser.
Je râle souvent contre la SNCF, comme quoi c’est une entreprise de nazis revenus de l’enfer pour tourmenter l’espèce humaine (j'admets qu'il m’arrive de m’emporter), mais il faut reconnaître qu’à côté de la compagnie de chemins de fer Wilford, elle fait figure d’enfant de chœur. Métaphore évidente de l’échelle sociale, le Snowpiercer est un train autosuffisant dans lequel la population est répartie selon sa valeur : les miséreux s’entassent en queue dans des conditions abjectes pendant qu’une élite décadente se goberge dans les wagons de tête. Naturellement, une révolte se fomente, et l’on va suivre la lente et laborieuse avancée des rebelles vers la locomotive.
Sur le papier, adapter au cinéma la bande dessinée Le Transperceneige* ressemble beaucoup à une fausse bonne idée. On devine que le traitement peut très facilement tomber dans la série B foireuse, voire dans le Z honteux, surtout avec un concept de base qui pue le manichéisme facile. C’était compter sans Joon-ho Bong** et sa patte incomparable. Mêlant réalisme cruel et humour branque, personnages hauts en couleurs et décors magnifiques, le réalisateur sud-coréen a composé une fable sociale parfaitement calibrée, à l’intérêt sans cesse relancé par un rythme impeccable.
C’est abject, c’est horrible, c’est héroïque, c’est envoutant, c’est beau, c’est ignoble, et par bien des moments c’est terriblement drôle ! Les révoltés, mal organisés, suivent un plan des plus bancals et font face à une véritable armée prête à tout pour les contenir. Les surprises vont s’enchaîner jusqu’à l’arrivée à la locomotive et au face à face avec Wilford, dont je préfère ne rien dire parce que, merde, spoiler, tout ça ! Mais c’est du bon. Avec en prime un casting au cordeau : Chris Evans (ou, c’est Captain America, mais c’est quand même un bon acteur), John Hurt (qu’on dirait Ian McKellen), Tilda Swinton (qu’on a envie de tuer au bout d’une phrase à peu près), Jamie Bell (qui a bien grandi depuis Billy Elliott), et le toujours génial Kang-ho Song***.
Le même film par un autre réalisateur (au hasard, Roland Emmerich), ça aurait pu être le navet de l’année. Au lieu de ça, on a une putain de réussite qui vous accroche au plafond. Foncez !
Snowpiercer, Joon-ho Bong, 2013
* BD française (cocoritruc) de Jacques Lob et Jean-Marc Rochette, parue de 1982 à 2000. Pas lu, mais ça a l’air beau. En plus ça a gagné le Prix Témoignage chrétien à Angoulême en 1985 (me demandez pas, je savais même pas que ça existait !).
** Si vous ne connaissez pas ce putain de génie du cinéma coréen, je vous engage à visionner au plus tôt Memories of Murder et The Host, où l’auteur retourne les genres du polar et du film d’horreur en beauté pour votre plus grand plaisir. C’est bien fait, drôle et surprenant.
*** Non mais sérieusement, j’ai vu ce mec dans trois autres films, il est énorme dans les trois. Bon, je triche, deux de ces films sont Memories of Murder et The Host, mais si vous avez l’occasion, matez donc JSA – Joint Security Area, un excellent polar à la frontière entre les deux Corées. À voir, et pas que pour sa prestation.

mardi 8 octobre 2013

Julien a vu… Riddick



Vu le 5 octobre 2013
Trahi par les Necromongers, Riddick se retrouve seul, abandonné sur une planète hostile. Après avoir démonté quelques monstres errants et apprivoisé un dingo mutant, il tombe sur un refuge de mercenaires et « appelle un taxi ». C’est-à-dire montre sa bobine au scanner, diffusant son beau visage recherché mort ou vif à tous les chasseurs de primes du secteur, qui débarquent illico. Riddick va-t-il s’en sortir ?
La saga Riddick est un cas à part du cinéma hollywoodien. Le premier volet, Pitch Black, est un excellent survival* où des naufragés doivent survivre sur une petite planète écrasée de soleil alors que des monstres les menacent. Le film avait notamment révélé Vin Diesel, peu connu à l’époque, et le réalisateur David Twohy avait rapidement annoncé une trilogie mettant en scène son personnage de dur à cuire recherché, avec en prime un principe original : chaque film aura son propre style. Il avait d’ailleurs transformé l’essai avec Les Chroniques de Riddick, équivalent spatial d’un Conan le Barbare : un space opera très ambitieux dont les résultats en salles furent catastrophiques**.
Alors, ce troisième film, quel est son genre ? Eh bien c’est difficile à dire, mais je pense que Twohy et Diesel ont essayé de nous proposer un western. Après une première demi-heure solitaire où Riddick se soigne, apprend à gérer la sympathique faune locale et se balade avec une hyène (c’est une bonne idée de faire copain avec une hyène, comme ça personne t’emmerde… qui est-ce qui disait ça déjà ? sûrement un type intelligent), arrivent les chasseurs de primes, faisant décoller l’intrigue pour de bon. Deux équipes de mercenaires, très différentes, qui mettent en place une dynamique sympa : d’un côté les gros bourrins bas du front, de l’autre les soldats suréquipés et disciplinés. Riddick devient alors une sorte de croquemitaine qui va jouer avec eux jusqu’à pouvoir piquer un de leurs vaisseaux.
Puis, malheureusement, ça quitte ces eaux pour partir sur un pseudo-remake de Pitch Black, en moins bien. Comme si, de peur de réitérer le four des Chroniques…, Twohy avait décidé de rajouter des éléments de son meilleur film pour plaire aux fans. Une pusillanimité qui ne fait pas honneur au réalisateur, et qui gâche un peu l’intérêt cinématographique du film. Mais qui, au final, n’en pourrit pas le visionnage. Car chaque passage fonctionne plutôt bien pour peu qu’on rentre dans l’intrigue, Vin Diesel (en VO) reste une boule de charisme***. Cette dernière partie, retour au survival, tourne plutôt bien et satisfera ceux qui n’attendaient pas de fulgurances du film. Mais on reste très loin de Pitch Black.
Riddick, David Twohy, 2013
* Un survival, comme son nom l’indique, c’est un film où le héros essaie de survivre. Contre n’importe quoi. Ça va d’Alien à Deliverance, en passant par la grande majorité des films de zombis et de bestioles voraces.
** Ce qui est bien dommage d’ailleurs, car je pense que le film, bien que perfectible, valait beaucoup mieux que ça. Ceci dit, si vous ne devez voir qu’un seul opus de la saga, matez Pitch Black, c’est de la balle !
*** Et si vous n’avez jamais entendu Vin Diesel en VO, trouvez-vous un extrait, ce type donne un sens tout à fait inédit au mot « rocailleux ».

vendredi 4 octobre 2013

Julien a vu… Blue Jasmine



Vu le 28 septembre 2013
Jasmine a le blues. Il faut dire qu’elle tombe de haut : elle qui vivait dans le luxe grâce à son brillant homme d’affaires de mari, elle découvre coup sur coup qu’il la trompe et qu’il est un escroc. Au fond du trou, la voilà contrainte d’aller vivre chez Ginger, sa sœur de San Francisco, au milieu du bas-peuple, et d’y affronter sa dépression tout en rageant contre cette insupportable plèbe qui tente de l’intégrer.
C’est l’automne, les feuilles tombent, les marrons poussent, les palombes redescendent vers le sud-ouest et le nouveau Woody Allen sort en salles. Comme le réalisateur en a pris l’habitude ces dernières années, son nouveau film s’inscrit dans une nouvelle culture bien loin du New York des origines. Après l’Angleterre (Match Point, Scoop, Cassandra’s Dream), l’Espagne (Vicky Cristina Barcelona), l’Italie (To Rome with Love), la France (Paris by Night), voici San Francisco, la ville des bobos américains*. Sur fond de choc des cultures (voire de lutte des classes), Woody nous fait suivre l’insupportable Jasmine, femme hautaine, élitiste, toute de mépris envers la plupart des barreaux de l’échelle sociale qui doit faire face à sa dégringolade. Et si le personnage constitue le principal intérêt du film, c’est en grande partie grâce à une interprète impeccable : Cate Blanchett.
On en fait souvent des caisses sur les performances des actrices, mais il faut le reconnaître, Blanchett tient le film sur ses épaules. Du haut de ses talons, droite dans son complet Hermès, accrochée à ses sacs Louis Vuitton, Jasmine est une garce froide tremblant perpétuellement d’indignation face à ce que le destin ose lui faire subir. Si les autres interprètes sont parfaits (avec une petite mention à Sally Hawkins, alias Ginger, la prolo qui accueille humblement cette sœur si différente qu’elle admire à l’évidence, et à Bobby Cannavale, le copain d’icelle, assez touchant face au bouleversement qui s’ensuit), on retiendra aussi l’autre moitié du couple de Jasmine, Hal, l’escroc infidèle joué par Alec Baldwin**.
On se retrouve finalement avec, sinon un grand film, un bon film, bien mené, dont on ne gardera pas un souvenir intense mais plutôt une fascination, voire une détestation bien ancrée pour le personnage principal***. C'est toujours ça.
Blue Jasmine, Woody Allen, 2013
* Un des points amusants du film est que la majorité des gens qu’on y croise sont gentils. Même les ex de Ginger sont plutôt cool, et quand Chili vient faire une scène au supermarché où elle travaille, son patron lui propose d’aller se reposer dans son bureau.
** De toute façon quand vous voyez Alec Baldwin débarquer dans un film, vous savez qu’il va faire une saloperie. C’est une règle de base à Hollywood d’ailleurs : méfiez-vous des Baldwin (Alec, Stephen, William, Daniel, Adam… ah non, pas Adam, il n’a rien à voir avec la famille en fait) !
*** Vous avez déjà croisé une vieille folle en train de parler toute seule sur un banc public ? Ben ce film est sur elle.