Vu
le 25 septembre 2005
Harry Lockhart est une sorte de loser archétypal, paumé du côté de Los
Angeles. Cambrioleur reconverti en acteur à l’essai, il se retrouve à traîner
aux côtés de Gay Perry, détective privé lui-même assez typique, et retrouve son
amour d’enfance, grande actrice de publicités pour la bière. Le trio se
retrouve vite embarqué dans une histoire louche redéfinissant la loi de Murphy.
Au menu : cadavres en série, intrigues à tiroir et grande rigolade…
Ah
la vache, on ne s’était pas autant marré depuis Snatch* ! Il y a à
l’évidence du Guy Ritchie chez Shane Black ! L’ex-scénariste promu
réalisateur connaissait déjà la différence entre film d’action bourrin et
pastiche vif mais déconneur, il suffit de se souvenir du Dernier Samaritain
(avec Bruce Willis), de Last Action Hero (un des rares bons films avec
Schwarzy) ou même des divers Arme fatale. Des films d’action, certes,
des blockbusters, sans doute, mais avec ce petit quelque chose qui les
rend nettement plus regardables qu’un Highlander 2 ou qu’un Judge
Dredd. Appelons ça du « second degré ». Même si c’est sans doute un
peu plus que ça.
Pour
sa première réalisation, Black s’attaque au polar. Le film adapte** le livre de Brett Halliday, Bodies
Are Where You Find Them***. Je suis bien
incapable de juger de l’adaptation, mais le film est positivement jouissif. Le
mérite en revient à une réalisation énergique (je citais Guy Ritchie, on peut
aussi penser à Tarantino, quoique le film possède une alchimie très personnelle),
à des rebondissements surprenants, à des dialogues mémorables et à un trio
d’acteurs parfaitement en phase. Robert Downey Jr. campe un Harry certes minable
et pathétique mais très sympathique. On s’attache très vite à ce type qui
s’improvise héros et narrateur de l’histoire, nonobstant son absence totale de
talent dans les domaines de l’héroïsme comme de la narration.
Niveau
gonzesse, Michelle Monaghan évite adroitement les rôles de potiche de service
ou de femme fatale. Mais la grande surprise du casting reste Val Kilmer, acteur
réputé mauvais et imbitable, à qui Shane Black fait le même coup que Tarantino
avait fait à Travolta : il le ressuscite artistiquement, lui faisant
prendre au passage quatre-vingt kilos et un débit de mitraillette. Son
personnage de détective taciturne gay est un parfait contrepoids à la maladresse
fébrile de Harry. Le scénario est un peu bordélique, mais on s’en fiche tant
les scènes s’enchaînent bien en jouant sur les codes habituels du polar à
l’américaine.
Certains
passages sont réellement hilarants (mention spéciale à la conclusion du film,
inoubliable), d’autres authentiquement graves (un meurtre hors champ alors que
le héros est planqué sous un lit donne lieu à une scène particulièrement
forte), mais l’ensemble est un vrai bonheur. Mangez-en.
Kiss Kiss Bang Bang, Shane Black, 2005
*
Et jusqu’à 7 Psychopaths, donc, sorti
cette semaine, c’est pourquoi je vous ressors aussi cette vieille critique de Kiss Kiss Bang Bang, qui date de bien
avant Iron Man, ce qui explique
pourquoi le jeu désinvolte de Robert Downey Jr. surprenait encore les
cinéphiles amateurs comme moi.
**
Oui, encore une adaptation ! Un jour, les poules auront des dents, les
cochons voleront, Hervé sera cohérent et un cinéaste aura une idée.
***
Traduction pour les Basques : Les cadavres sont là où on les trouve.
Le titre du film, lui, peut se traduire : Bisou bisou, pan pan. Et
oui, ‘fallait pas être basque ! Plus sérieusement, le bouquin a été
traduit chez J’ai Lu sous le titre Les morts ont la bougeotte. Contredisant
l’éditeur et la finesse humoristique la plus élémentaire, je ne l’ai pas lu.
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