jeudi 29 août 2013

Julien a vu… Kick-Ass 2



Vu le 28 août 2013
Tandis que Mindy Macready, alias Hit-Girl, entre au lycée et doit promettre à son tuteur d’abandonner cape et double vie, Dave Lizewski poursuit sa carrière de justicier des rues sous le sobriquet avantageux de « Kick-Ass ». D’ailleurs son exemple inspire d’autres braves citoyens et une « super équipe » commence à se former sous la houlette du « colonel Stars and Stripes ». Mais le terrible Red Mist en veut encore à notre héros d’avoir désintégré son père au bazooka (on se demande pourquoi), et devient un super vilain prêt à tout : le terrible Motherfucker.
Le premier Kick-Ass m’avait laissé dans un état bizarre. D’une part l’adaptation était réussie, l’intrigue respectait plutôt bien la BD* (à part une grosse différence concernant le personnage de Big Daddy) et l’ensemble fonctionnait plutôt bien. D’autre part, le message du film restait, au mieux, très ambigu, là encore à l’instar de la BD. Mark Millar, le scénariste, n’est pas connu pour faire dans la dentelle et le côté parodique fréquente souvent un aspect très borderline, jamais loin du panégyrique de l’autojustice…
Mais j’étais peut-être mal luné. Car je pense que Kick-Ass 2 a peu ou prou les mêmes défauts que son prédécesseur, et ça ne m’a pas gêné outre mesure. La critique descend ce film, pour des raisons qui m’échappent : c’est sûrement le film de super héros le plus intelligent de l’année. Les questions que se posent les héros sont légitimes et nettement plus universelles que celles de Wolverine ou d’Iron Man 3. Doit-on renoncer à son héritage ? Comment faire la part des choses entre ce que l’on veut être, ce que l’on peut être et ce que l’on est ? Peut-on laisser un requin dans un aquarium sans changer l’eau ? Autant de questionnements quotidiens pour beaucoup d’entre nous.
Si le film la joue souvent mauvais goût et gore mal numérisé, il le fait dans une relative bonne humeur. De plus il a la bonne idée de ne pas nous révéler comment tout finit dès le début : l’intrigue est ainsi faite qu’on ne sait jamais trop dans quel sens elle va partir, et la quête identitaire de Hit-Girl la poussera finalement à ne pas trop croiser le chemin de Kick-Ass pendant la majeure partie du film. L’une essaie (réellement) de devenir une adolescente comme les autres, tandis que l’autre tente de réaliser son rêve d’une équipe de super héros.
Côté acteurs, ça joue bien mais tranquille**, à deux exceptions près : le jeune Christopher Mintz-Plasse, hilarant en Motherfucker psychotique (dont le basculement progressif dans la folie furieuse n’est pas sans rappeler celui de Christoph Waltz dans Green Hornet), et le toujours génial Jim Carrey, méconnaissable*** en colonel Stars and Stripes. Il n’est pas à l’écran longtemps, mais on n’oublie pas une présence pareille.
À l’arrivée le film est loin d’être la catastrophe dénoncée par les critiques. Il est inventif, plutôt rafraichissant, moins extrême que le premier mais sans démériter (quoique la mise en scène des bagarres soit beaucoup moins sympa), et mine de rien il fait un peu réfléchir si on s’y penche cinq minutes.
Kick-Ass 2, Jeff Wadlow, 2013
* BD d’ailleurs traduite en français, que je vous conseille. D’abord parce qu’elle est très bien, et ensuite parce qu’elle est signée Mark Millar et John Romita Jr., un des meilleurs duos possibles pour une œuvre de ce genre.
** C’est moi ou la petite Chloë Grace Moretz nous fait la même métamorphose qu’Emma Watson pendant les Harry Potter ? À noter tout de même que la comédienne a 16 ans, que le personnage du film en a 15 et que celui de la BD en a 12. Voir le film en se souvenant que cette lycéenne est supposée être une collégienne change un peu l’interprétation des scènes.
*** Je crois qu’on le reconnaissait plus facilement dans Le Grinch.

jeudi 15 août 2013

Julien a vu… Pacific Rim



Vu le 14 août 2013
Alors que le monde est attaqué par des Kaijus, des monstres géants débarqués d’une faille dimensionnelle au fond du Pacifique, l’humanité a mis en place la ligne de défense ultime : des robots géants, nommés Jaeger, qui luttent à armes égales avec ces créatures. Mais alors que les autorités décident d’interrompre le programme au profit d’un mur de protection (Maginot poweeeer !), un général décide de lancer une dernière offensive.
Attention, cette chronique a été très difficile à écrire pour moi. Ce film est une enfilade ininterrompue de clichés. Et quand je dis « clichés », je pèse mes mots. Chaque scène, chaque idée a été vue, revue, re-revue, parodiée, reparodiée, re-reparodiée, considérée comme trop cliché pour être parodiée, remakée pour lui rendre hommage, le remake a été parodié à son tour, puis le tout a été définitivement classé dans une grosse caisse étiquetée « les plus gros clichés à éviter dans un film ; ne pas ouvrir ». L’intrigue est un cross-over foireux entre Independance Day et Godzilla*, les personnages sont des archétypes ultraclassiques, quand ils ne sont pas carrément inexistants, toutes les scènes peuvent être devinées dix minutes à l’avance et à aucun, je dis bien aucun moment le scénario ne tente de nous surprendre.
Et j’ai aimé. J’ai même beaucoup aimé. Et pas au deuxième degré, hein, je suis complètement entré dans le film, j’ai adoré chaque scène, chaque plan, chaque baston. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que la mise en scène, les effets, la photographie sont parfaits, rien à redire. Ce n’est certainement pas le meilleur film de Guillermo del Toro**, mais il a de la gueule ! L’esthétique très « jeu vidéo », dans le bon sens du terme, fonctionne à fond et on croit vraiment à ces engins et créatures démesurées, on a l’impression que ça pourrait vraiment fonctionner (ce qui est totalement aberrant, comme n’importe quel physicien vous l’expliquera – une histoire de rapport masse/taille).
Mais c’est aussi, sûrement, parce que ce film est parfaitement conscient de ce qu’il est. Pacific Rim ne part jamais dans la parodie. Ses personnages font ce qu’ils ont à faire, les acteurs jouent sobre et au final le film possède un souffle épique impossible à qualifier, un je-ne-sais-quoi qu’aucun Michael Bay ou Roland Emmerich ne pourra jamais égaler… L’influence japonaise, notamment, est complètement assumée, à travers le terme Kaiju (comme dans Kaijū Eiga, expression désignant les films de monstres nippons***) et, bien sûr, l’utilisation de robots géants, un grand classique de l’animation du Soleil Levant (impossible en l’occurrence de ne pas évoquer la référence évidente du film : Neon Genesis Evangelion). Mais également une séquence onirique à Tokyo que j’ai trouvée particulièrement réussie. Je ne sais pas, c’est peut-être parce qu’un de mes cauchemars récurrents étant gosse était de me faire courser par un tyrannosaure dans les rues d’une grande ville, mais j’ai trouvé ce passage très impressionnant. Peut-être aussi tout simplement parce que, dirigé par un Mexicain, le film a le bon goût de ne pas mettre les États-Unis au cœur du spectacle, mais bien les combats titanesques et les effets spéciaux, pour une fois réellement somptueux.
À l’arrivée Pacific Rim, promis comme un film à grand spectacle pour l’été, remplit parfaitement son rôle, et ça faisait assez longtemps que je n’avais pas vu ce genre de réussite. Ça tient un peu du miracle, un peu de la magie… la marque du bon divertissement en somme !
Pacific Rim, Guillermo del Toro, 2013
* Oui, deux films de Roland Emmerich, comme quoi ça peut pas être mauvais.
** Si vous n’avez pas vu Le Labyrinthe de Pan, L’Échine du diable ou Mimic, voilà une bonne occasion de vous y mettre (attention ça fait un peu peur, et dans un des trois il y a des cafards géants). Même Hellboy ou Blade 2, que je n’aime pas beaucoup, étaient formellement admirables sur bien des points.
*** Tout le monde connaît Godzilla, mais les Japonais possèdent toute une ménagerie de craignos monsters : Rodan le ptérodactyle, Gamera la tortue, Mothra la mite géante (si !) et quinze mille autres bestioles du genre… Le fils de Godzilla est même devenue une icône des maternelles japonaises (après, je ne sais pas qui gagne entre lui et Totoro…). Le film est d'ailleurs dédié à Ishirô Honda, réalisateur du premier Godzilla, et à la légende des effets spéciaux Ray Harryhausen, décédé récemment.

lundi 12 août 2013

Julien a vu… RIPD



Vu le 11 août 2013
Après que son équipier de la police de Boston lui eut tiré dans la tronche au cours d’une opération, Nick se retrouve dans une espèce de commissariat divin, le « Rest In Peace Department », chargé de traquer et remettre dans le droit chemin les morts qui s’attardent trop sur Terre. Et pour cela, il devra faire équipe avec Roy, un ancien sheriff bougon aux méthodes expéditives.
Si le scénario vous évoque vaguement quelque chose, voire si vous vous dites que j’ai mal épelé le titre et qu’en fait il s’écrit « MIB », c’est normal. La bande-annonce et de multiples éléments du film ne trompent pas : nous avons là une resucée évidente du grand succès de Barry Sonnefeld, Men in Black, ce qui passe difficilement pour une bonne nouvelle*.
Pourtant, le film s’en sort étonnamment mieux qu’on le croirait. Déjà, il a un casting trois étoiles : Kevin Bacon en méchant (on se demande pourquoi on voit si peu ce mec au cinéma ces dernières années), Ryan Reynolds dans le rôle principal (qui le joue judicieusement de manière très sobre), Mary-Louise Parker (détonnant un peu avec une interprétation stoïque) et bien sûr en star assurant le show, le Dude lui-même : Jeff Bridges. Dire qu’il en fait des mégatonnes serait de mauvais goût. Il en fait des tératonnes ! Il en fait des pétatonnes ! À fond dans son rôle de vieux briscard, il nous offre sa voix la plus rocailleuse et un accent de vieux cowboy qui ravira ou hérissera le poil des spectateurs, au choix.
Et puis il y a la petite Stephanie Szostak, toute mimi, qui parvient en une scène à nous faire croire à sa jolie histoire d’amour avec Reynolds. Voilà pour les points positifs. Après, il faut bien admettre qu’on a déjà vu mieux, que le scénario est relativement classique et, chose étonnante, que les effets spéciaux sont à la ramasse ! J’avais pas vu un truc aussi moche depuis Van Helsing : personnages modélisés avec les pieds, images de synthèse évidentes qui se baladent à l’écran… visuellement, ce film a dix ans de retard**. C’est un problème quand on s’essaie à la comédie fantastique. Mais comme je disais, les acteurs font leur boulot de manière honnête, ce qui sauve un peu ce long-métrage court*** du naufrage et en fait finalement un divertissement acceptable pour une chaude et longue après-midi.
RIPD, Robert Schwentke, 2013
* Déjà parce que je n’aime pas du tout Men in Black. Je sais, on me dira « ouais mais si, c’est drôle et tout, et y a Will Smith ! », mais non, je suis désolé, Men in Black est un film sans intérêt : les blagues tombent à plat, le scénario est convenu au possible, les effets spéciaux crèvent l’écran et il faudrait que je sois dans un très bon jour pour trouver rigolo l’idée qu’une femme accouche d’un calmar. Le seul élément intéressant, le fait que les extra-terrestres constituent une métaphore des étrangers en situation irrégulière, n’est absolument pas exploité. C’est nul.
** Surtout que j’avais un bon point de comparaison : la veille on a vu le magnifique Sharktopus produit par Roger Corman, avec sa bestiole mi-pieuvre mi-requin et re-mi-pieuvre derrière, qui est elle aussi très moche, mais à peine plus. Seulement RIPD affiche un budget de 130 millions de dollars, alors que Sharktopus a été financé avec vingt pesos et une dizaine de paquets de chips.
*** Un film d’une heure et demie, ça faisait longtemps, mais ça fait du bien. Et le fait est, RIPD a un bon rythme, pas de problème de ce côté-là.

jeudi 8 août 2013

Julien a vu… The Wolverine



Vu le 6 août 2013
Quelque temps après les événements de X-Men 3, le mutant griffu et autorégénérant Wolverine (mais il préfère « Logan » maintenant) vit en ermite au fin fond du Nord canadien, tentant de fuir le souvenir de ce qu’il a dû faire à son grand amour Jean Grey. Débarque alors une petite Japonaise venue l’amener jusqu’à Tokyo, où un soldat qu’il a sauvé durant la Seconde Guerre mondiale désirerait lui dire adieu avant de mourir. Sur place, notre bourrin se retrouve engoncé dans une intrigue mêlant yakuzas, ninjas et autres sushi-bars.
Après un premier spin-off plus que décevant (X-Men Origins: Wolverine, un bien beau ratage), revoici le Canadien le plus atrabilaire de l’univers Marvel. Élaboré à partir d’une série de comics parmi les plus populaires de l’éditeur*, ce film s’avère un bien meilleur cru que son prédécesseur. Déjà parce que le réalisateur James Mangold, touche-à-tout plutôt talentueux**, prend le temps de poser son histoire et ses personnages, et surtout parce qu’il a compris tout l’enjeu de l’intrigue : la rencontre improbable entre le bestial Wolverine et la raffinée société japonaise. Sans parler d’une indiscutable réussite, le contrat est à peu près rempli de ce côté-là. On en trouve même pour hurler parce que le film contient trop peu d’action.
En outre, on retrouve toujours avec plaisir Hugh Jackman, sans doute un des acteurs de films de super-héros qui tient le mieux la distance. On l’oublie systématiquement, mais dans tous les films où le personnage de Logan apparaît, le jeu de Jackman a la classe. Regardez-le bien dézinguer du ninja, regardez son regard qui, à chaque coup de griffe, arrive à exprimer à quel point il déteste avoir fait de tuer une habitude. Hugh Jackman reste sans doute la plus belle révélation des films adaptés de comics.
Après, on n’est pas non plus dans le chef-d’œuvre. Le film est comme toujours truffé d’incohérences et dure vingt bonnes minutes de trop. On déplorera notamment la romance avec Mariko qui va un peu trop vite, les gimmicks qui finissent par devenir agaçants*** et les excès de japonaiseries. Tout y passe : ninjas, samouraïs, yakuzas, estampes, seppuku, love hotel, rônin… Pour bien comprendre, il faut se remettre dans le contexte du comics qui est ici adapté. Je vous parle d’un temps d’avant Evangelion, Cowboy Bebop et même Dragon Ball, je vous parle de l’âge sombre de 1982, quand « Japon » rimait encore aux oreilles de beaucoup d’Américains avec « Pearl Harbor ». À l’époque la culture japonaise était relativement peu connue aux États-Unis et les auteurs, grands nippophiles, avaient réussi à la faire découvrir et apprécier de leurs lecteurs. Mais la situation a bien changé et aujourd’hui le premier narutar venu connaît la différence entre un ninja et un samouraï. Du coup on a parfois l’impression d’enfiler les clichés, avec combats de ninjas dans la neige, katanas à tous les étages…
Les fans comme moi se consolent toutefois avec un générique de fin qui, dans la tradition Marvel, nous promet un chouette casting pour le prochain film. Lui aussi adaptera une mini-série extrêmement populaire des comics de l’éditeur : Days of the Future Past. On espère quand même un peu mieux.
The Wolverine, James Mangold, 2013
* Mini-série qui a notamment contribué à populariser le dessinateur Frank Miller, avant The Dark Knight Returns, 300 et Sin City. Il a toujours aimé les personnages subtils, Frank Miller.
** Copland, Identity, Une vie volée, Kate & Leopold, Walk the Line, 3 h 10 pour Yuma, Night and Day… on peut pas dire qu’il se cantonne à un genre, le père Mangold !
*** Je ne sais pas combien de fois on voit ce foutu plan où un ennemi touche Wolverine et où celui-ci se retourne, colère, avec la plaie qui se referme toute seule au grand effroi du vilain. Ça doit largement dépasser les doigts d’une main.